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"J'aime me beurrer la biscotte" devant OSS 117 - Mister W

« J’aime me beurrer la biscotte ». Quelle réplique ! Et surtout quelle interprétation de Jean Dujardin ! Excellent dans la peau d’Hubert Bonisseur de la Bath, meilleur pire espion français. Lui seul pouvait donner vie à ce « héros » franchouillard, raciste, misogyne, paternaliste à l’excès, chauvin et débordant (trop) d’assurance qu’il en est ridicule ! Il tient à merveille ce personnage qui rassemble à lui seul tous les clichés du français patriote des années 50. Dans cette logique, les répliques sont d’une justesse incroyable et mettent à l’épreuve vos zygomatiques !

Car Hubert Bonisseur de la Bath n’a pas la langue dans sa poche et tient à dire tout ce qu’il lui passe par la tête :

« J’aime me beurre la biscotte », comprenez par là qu’il aime se détendre, comme lorsqu’on beurre sa biscotte un dimanche matin. Mais ce n’est pas tout, avec un grand sourire à la Sean Connery, et d’une nonchalance à toute épreuve, il vous faire savoir :

« j’aime me battre », « j’aime quand on m’enduit d’huile », « j’aime le bruit blanc de l’eau ». Forcément, la répétition fonctionne et ajoute énormément à l’effet comique.

Les dialogues, portés par un scénario léché de Jean-François Halin et une mise en scène impeccable de Michel Hazanavicius, sont un délice. Car Hubert, tellement sur de lui et ne remettant jamais en doute ses préjugés, provoque des échanges complètement décalés avec ses interlocuteurs (attention, je vous ai prévenu pour les clichés) :

 

« C'est notre Raïs à nous : c'est M. René Coty. Un grand homme. Il marquera l'Histoire. Il aime les Cochinchinois, les Malgaches, les Marocains, les Sénégalais… c'est donc ton ami. Ce sera ton porte-bonheur. » Dans la bouche de Jean Dujardin, cette réplique de colonialiste exagéré d’après-guerre sonne tellement juste !

 

« Développement, modernité… si y avait pas les Occidentaux ! On est en 1955, les gars, faut se réveiller. Il s’agirait de grandir »

 

Oui, Hubert Bonisseur de la Bath est un « expert » en politique…

Mais ses répliques de dragueur macho et paternaliste sont tout aussi merveilleuses :

 

« - Je n'ai jamais pu refuser quoi que ce soit à une brune aux yeux marron.
- Et si j'étais blonde aux yeux bleus ?
- Cela ne changerait rien vous êtes mon type de femme, Larmina.
- Et si j'étais naine et myope ?
- Et bien, je ne vous laisserai pas conduire. Ça n'a pas de sens.
 »

Ses qualités d’espion sont aussi mises à rude épreuve lorsqu’il s’agit d’échanger en langage codé. Une interprétation au poil par Jean Dujardin, parfait dans la peau de ce personnage un peu beaucoup à côté de la plaque :

« - Comment est votre blanquette ?
- Pardon ?
- Les plats à base de viande sont-ils de bonne qualité ?
- Moui…
- Bon ?
- Faut aimer…
- Avec du veau ?
- Nan, à base d’agneau plutôt, je crois, y’a du poulet aussi
- Mais y’a rien à base de veau ? Avec euh… Des champignons, des pommes de terre !
- Je ne sais pas… Au revoir monsieur…
 »

Sa mémoire lui joue aussi des tours, à moins que ce soit sa connaissance de l’histoire, de la géopolitique qui fasse défaut, pour notre plus grand bonheur. Car Hubert ne comprend pas grand-chose :

« - Attendez, c'est lesquels les Chinois qui étaient alliés aux nazis ?
- Les Japonais ?
- Les Japonais, c'est ça. Au temps pour moi. J'avais un embryon de piste, mais non. Si nous avons affaire à des Chinois de Chine, ça ne marche plus.
 »

Oui, Hubert Bonisseur de la Bath est vraiment le pire meilleur espion de la France. L’annonce d’un troisième opus, OSS 177 : Alerte rouge en Afrique noire, m’a fait l’effet d’un très beau cadeau… de Noël :